Ce vendredi 24 juillet, Laëtitia Martel, Miss Hermosa RhÎne-Alpes 2026 et présidente du comité Miss Charmante France, publie La couronne invisible, son premier roman. On y suit les aventures de Léna, une jeune fille qui se lance dans un concours de beauté local.
Tototheclock – Peux-tu nous parler de lâhistoire de La couronne invisible ?
LaĂ«titia Martel – « La couronne invisible est un roman que jâai commencĂ© Ă Ă©crire en fĂ©vrier 2023. Ă lâorigine, il nâavait pas vocation Ă ĂȘtre publiĂ©, tout comme plusieurs de mes autres romans dĂ©jĂ terminĂ©s. JâĂ©crivais avant tout pour raconter une histoire qui me tenait Ă cĆur. On pourrait croire que câest un livre sur les concours de beautĂ©, mais en rĂ©alitĂ©, ce nâest qu’un dĂ©cor. La vĂ©ritable histoire, câest celle du combat intĂ©rieur que nous traversons tous un jour. Ă travers LĂ©na, jâai voulu parler de ces Ă©motions que nous avons tous ressenties, Ă des degrĂ©s diffĂ©rents : le manque de lĂ©gitimitĂ©, le manque de confiance en soi, la peur du regard des autres, le besoin dâĂȘtre reconnu ou encore cette impression de ne jamais ĂȘtre assez. Finalement, La couronne invisible parle bien plus de la quĂȘte de soi que de la quĂȘte dâune couronne. »
Dans ton livre, LĂ©na participe au concours de Miss Bellemont. Elle se compare alors constamment aux autres candidates. Penses-tu que câest aujourdâhui le plus grand des dĂ©fis psychologiques des concours ?
« Participer Ă un concours de beautĂ©, câest accepter de se retrouver, dâune certaine maniĂšre, en concurrence avec dâautres candidates. Il est donc presque naturel de se demander si lâon a une chance de gagner et de commencer Ă se comparer, Ă observer les autres, Ă les analyser. Le problĂšme, câest que chaque candidate est diffĂ©rente, et surtout que lâimage quâelle renvoie nâest pas toujours le reflet de ce quâelle vit rĂ©ellement. Une candidate qui paraĂźt trĂšs sĂ»re dâelle peut en rĂ©alitĂ© manquer Ă©normĂ©ment de confiance, tandis quâune autre, plus discrĂšte ou rĂ©servĂ©e, peut ĂȘtre celle qui marquera le plus le jury. Au final, on se compare souvent Ă une image, Ă une impression, plutĂŽt quâĂ la rĂ©alitĂ©. Câest prĂ©cisĂ©ment ce qui rend cette comparaison si dangereuse. Ă mes yeux, câest effectivement lâun des plus grands dĂ©fis psychologiques des concours : rĂ©ussir Ă admirer les autres sans remettre en question sa propre valeur. »
« Ătre prĂȘte Ă monter sur scĂšne physiquement ne veut pas dire ĂȘtre prĂȘte mentalement. »
Selon toi, quâest ce qui distingue une candidate finaliste dâune candidate qui remporte finalement la couronne ?
« Je pense que ce qui distingue une finaliste dâune gagnante, ce nâest pas le travail que tout le monde peut voir, mais celui que personne ne voit. Beaucoup de candidates travaillent leur dĂ©marche, leur Ă©loquence, leur tenue ou leur prĂ©sentation. Câest essentiel, mais cela ne suffit pas. Ătre prĂȘte Ă monter sur scĂšne physiquement ne veut pas dire ĂȘtre prĂȘte mentalement. Pour moi, une gagnante est avant tout une candidate qui a fait un vĂ©ritable travail sur elle-mĂȘme. Elle a appris Ă gĂ©rer ses doutes, son stress, le regard des autres et Ă croire en sa lĂ©gitimitĂ©. Câest cette force intĂ©rieure qui fait souvent la diffĂ©rence au moment dĂ©cisif. Câest dâailleurs lâun des messages de La couronne invisible : avant de gagner une couronne, il faut parfois apprendre Ă se retrouver soi-mĂȘme. »
Penses-tu que les rĂ©seaux sociaux ont changĂ© la façon dont les favorites sont perçues aujourdâhui ?
« Les rĂ©seaux sociaux ont pris une place importante dans le monde des concours de beautĂ©, Ă condition quâils soient utilisĂ©s intelligemment. Ils permettent aux candidates de partager leur parcours, leurs engagements et leur personnalitĂ©. Mais il ne faut pas oublier quâils montrent avant tout ce que lâon choisit de montrer. Une publication ou une vidĂ©o ne reflĂšte jamais complĂštement une personne. Câest pourquoi je me mĂ©fie toujours des favorites des rĂ©seaux. Une candidate peut ĂȘtre trĂšs populaire en ligne sans forcĂ©ment convaincre le jury, tandis quâune autre, beaucoup plus discrĂšte sur les rĂ©seaux sociaux, peut crĂ©er une vĂ©ritable Ă©motion une fois sur scĂšne. Les rĂ©seaux sociaux sont donc un formidable outil de communication, mais ils ne doivent jamais ĂȘtre confondus avec la rĂ©alitĂ© dâun concours. Au final, ce sont les qualitĂ©s humaines, la prĂ©sence et le travail de la candidate qui feront la diffĂ©rence. »
La mÚre de Léna, Sophie, est sans doute un personnage complexe. Que représente-t-elle pour toi ?
« Sophie est sans doute le personnage le plus complexe du roman. Câest un personnage antagoniste et, je lâavoue, elle mâa parfois agacĂ©e moi aussi pendant lâĂ©criture. Ă travers elle, jâai voulu montrer ce qui peut arriver lorsquâun parent projette ses propres rĂȘves inachevĂ©s sur son enfant. AprĂšs le traumatisme dâune prĂ©cĂ©dente Ă©lection, Sophie place ses propres attentes entre les mains de LĂ©na, persuadĂ©e de vouloir son bonheur, alors quâelle cherche aussi Ă rĂ©parer ses propres blessures. Mais câest justement ce qui rend ce personnage intĂ©ressant. Car, paradoxalement, câest aussi cette pression qui pousse LĂ©na Ă se remettre en question, Ă grandir et Ă partir Ă la dĂ©couverte dâelle-mĂȘme. Au fond, Sophie nâest ni totalement bonne ni totalement mauvaise. Câest un personnage profondĂ©ment humain, avec ses blessures, ses erreurs et ses contradictions. »
« Chacun peut y retrouver une partie de son propre vécu. »
Sa phrase « personne ne se souvient de la deuxiĂšme » est trĂšs forte. Est-elle nĂ©e avant le roman ou est-elle apparue pendant lâĂ©criture ?
« Jâai longtemps rĂ©flĂ©chi Ă la façon de commencer le roman. Je lâai Ă©crit et réécrit dâinnombrables fois. Jâavais dĂ©jĂ ma ligne directrice, je savais oĂč je voulais emmener lâhistoire et comment y parvenir, mais je pense que les premiĂšres lignes dâun roman sont essentielles. Elles donnent envie, ou non, de tourner la page. La phrase « Personne ne se souvient de la deuxiĂšme » est arrivĂ©e Ă un moment oĂč je cherchais justement cette accroche. Dans le monde des concours, on entend souvent dire que la premiĂšre dauphine est la « pire » des places, parce quâon est si proche de la victoire sans pour autant lâobtenir. Je me suis inspirĂ©e de cette idĂ©e. Mais au fil de lâĂ©criture, cette phrase a pris un sens beaucoup plus large. Elle ne parle plus seulement des concours de beautĂ© : elle Ă©voque aussi notre obsession de la rĂ©ussite, cette impression que seule la premiĂšre place compte, alors quâen rĂ©alitĂ©, notre valeur ne devrait jamais dĂ©pendre dâun classement. »
Quel message as-tu voulu faire passer Ă travers ton livre ?
« Le message dĂ©pend beaucoup du lecteur, et câest volontaire. Je nâai jamais voulu imposer une seule lecture de La couronne invisible. Chacun peut y retrouver une partie de son propre vĂ©cu. Certains y verront une histoire sur le manque de lĂ©gitimitĂ©, dâautres sur la peur du regard des autres, le manque de confiance en soi ou encore cette tendance Ă toujours se comparer. Mais, au fond, tous ces thĂšmes ont un point commun : ils commencent par les autres. Ă travers ce livre, jâai voulu montrer quâĂ partir du moment oĂč lâon cesse de vivre Ă travers le regard des autres pour se recentrer sur soi-mĂȘme, on commence enfin Ă trouver une forme de paix intĂ©rieure. Câest finalement le vĂ©ritable sens du roman. La plus belle des couronnes est celle que lâon construit en apprenant Ă se reconnaĂźtre soi-mĂȘme. »
Si une candidate lisait ton livre avant son Ă©lection, quel message aimerais-tu quâelle retienne ?
« La rĂ©ponse rejoint effectivement le message du livre. Si une candidate lisait le roman avant son Ă©lection, jâaimerais quâelle retienne une chose : ce quâelle perçoit des autres nâest pas forcĂ©ment la rĂ©alitĂ©. Chaque candidate mĂšne ses propres combats, mĂȘme si cela ne se voit pas. Il est donc inutile de se comparer Ă une image que lâon sâest construite. Jâaimerais quâelle vive pleinement son aventure, quâelle se concentre sur ce quâelle a envie de faire, sur les rencontres quâelle va vivre, sur ce quâelle va apprendre et sur la personne quâelle va devenir, plutĂŽt que de passer son temps Ă se demander si telle ou telle candidate est meilleure quâelle. Parce quâau final, un concours ne devrait jamais ĂȘtre une compĂ©tition contre les autres, mais une aventure avec soi-mĂȘme. »
Tu es aussi prĂ©sidente du concours Miss Charmante France, tâes tu inspirĂ©e de ton expĂ©rience ?
« Oui, totalement. Jâai commencĂ© Ă Ă©crire La couronne invisible en fĂ©vrier 2023, le mĂȘme mois que la crĂ©ation du comitĂ© Miss Charmante. Le parallĂšle est assez symbolique. En trois ans et demi, jâai rencontrĂ© Ă©normĂ©ment de jeunes femmes, toutes avec des parcours, des personnalitĂ©s et des histoires diffĂ©rentes. Pourtant, elles avaient toutes un point commun : chacune menait un combat intĂ©rieur, mĂȘme sâil Ă©tait diffĂ©rent et vĂ©cu avec une intensitĂ© propre Ă chacune. Jâai passĂ© beaucoup de temps Ă Ă©changer avec elles, Ă Ă©couter leurs doutes, leurs ambitions, leurs peurs et leurs rĂȘves. Toutes ces rencontres ont nourri mon Ă©criture. »
Avais-tu envisagĂ© une fin oĂč LĂ©na ne remportait pas le concours ?
« Oui, et mĂȘme plus que ça ; avant mĂȘme de commencer Ă Ă©crire, je savais que LĂ©na ne remporterait pas le concours. CâĂ©tait un choix essentiel, parce que câest justement tout le sens du roman. Si LĂ©na avait gagnĂ©, cela aurait presque annulĂ© tout le cheminement intĂ©rieur quâelle accomplit au fil des chapitres. Je voulais montrer que sa plus grande victoire nâĂ©tait pas de dĂ©crocher une couronne, mais de se libĂ©rer du regard des autres et de trouver enfin sa propre lĂ©gitimitĂ©. La fin permet de comprendre que son Ă©volution personnelle a toujours Ă©tĂ© le vĂ©ritable enjeu de lâhistoire. La couronne nâĂ©tait finalement quâun symbole : la vraie victoire, câĂ©tait LĂ©na elle-mĂȘme. »
Imagines-tu déjà une suite ?
« Je me suis volontairement laissĂ© la possibilitĂ© dâĂ©crire un tome II. Câest dâailleurs tout lâintĂ©rĂȘt du dernier chapitre ; il peut ĂȘtre perçu comme une vĂ©ritable fin, mais aussi comme lâouverture dâune nouvelle histoire. Pendant lâĂ©criture du premier roman, jâavais dĂ©jĂ les grandes lignes dâune Ă©ventuelle suite. Je sais oĂč je pourrais emmener LĂ©na si je dĂ©cidais de poursuivre son histoire. Mais aujourdâhui, je ne me suis pas encore penchĂ©e dessus. Jâai Ă©crit cette fin de maniĂšre Ă ne me fermer aucune porte, sans pour autant me sentir obligĂ©e dâĂ©crire une suite. En ce moment, je travaille sur un autre roman. Il sera totalement diffĂ©rent de lâunivers des concours de beautĂ©, mais il gardera la mĂȘme philosophie : parler du travail sur soi, de lâĂ©volution personnelle et des combats intĂ©rieurs. Je nâĂ©cris pas des livres simplement pour raconter une histoire. JâĂ©cris avant tout pour transmettre un message. Alors, si un jour un tome II voit le jour, ce sera uniquement parce quâil aura une vĂ©ritable raison dâexister, quâil apportera quelque chose de nouveau et quâil sera rĂ©ellement nĂ©cessaire. »
Propos recueillis par Thomas Chiarazzo

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