C’était le 16 septembre 2018. Caroline Vieh était couronnée Miss Meuse 2019 à Verdun et se qualifiait pour la finale régionale de Miss Lorraine. C’est là que s’arrête l’histoire du concours départemental, dont aucune édition n’a été organisée depuis cette date. Immersion au cœur du département qui n’a plus de Miss depuis près de dix ans.
Dossier réalisé par Thomas Chiarazzo pour Tototheclock

« À la grande époque, le concours de Miss Meuse attirait la foule, aujourd’hui plus personne n’en parle ». Ils sont nombreux, ces Meusiens, à faire ce même constat, et pour cause, aucune étape qualificative pour Miss France n’a été organisée dans le département depuis 2018. Mis à part Saint-Pierre-et-Miquelon (2017), il s’agit du territoire français qui attend depuis le plus longtemps une tête couronnée. Malgré cela, le comité régional s’efforce chaque année de trouver des candidates pour la finale régionale. Cette année pourtant, triste record, il n’y aura qu’une candidate meusienne à Miss Lorraine.
Pour douze éditions, c’est Guy Flégny, président d’une association d’événementiel, La Clé de Sol, qui était en charge de l’organisation. S’il a notamment fait venir des stars comme les 2Be3 ou Johnny Hallyday dans la Meuse, il a aussi permis le couronnement de Sophie Thalmann à l’automne 1997, quelques semaines seulement avant qu’elle ne soit couronnée Miss France 1998. En 2019, il confiait à L’Est Républicain que « l’organisation d’un tel concours était chère », évoquant notamment une facture de 12 500 € pour l’édition 2003. Décédé le 8 juin 2020, il aura laissé derrière lui l’image d’un concours qui faisait salle comble chaque année.
« Beaucoup de jeunes femmes de la Meuse font leurs études ailleurs et se présentent en Moselle ou en Meurthe-et-Moselle » – Stéphanie Didon
En 2020, c’est Romain Magisson, aide-soignant, qui a repris la délégation départementale ainsi que les réseaux sociaux du comité régional. « On devait organiser une élection mais le Covid est passé par là. Depuis 2020, on n’a pas eu l’occasion de mettre sur pied une élection départementale de Miss Meuse, mais on réalise des castings. En 2021, nous avons eu trois candidates dont deux qui ne faisaient pas la taille réglementaire. Les années suivantes, on a eu respectivement deux et six candidatures », expliquait-il en octobre 2024. Cette année, Romain Magisson a quitté ses deux fonctions au sein du comité régional « pour de nouvelles aventures ». Il n’y a donc plus de référent départemental à ce jour, mais le comité assure « chercher à recruter en interne ». C’est d’ailleurs un staff renouvelé qui s’occupe désormais des élections départementales avec l’arrivée officielle, en décembre 2025, de Sandra Thiringer, Miss Lorraine 2001, en tant que correspondante pour la Moselle.
Quant à l’organisation d’une élection, contactée au mois d’avril, Stéphanie Didon, la déléguée régionale du comité Miss Lorraine ne « désespère pas » de pouvoir retrouver un jour une étape meusienne. Pas pour cette année en tout cas. Laurine Grandjean-Joyeux, ostéopathe de 26 ans, est la seule représentante du département. Elle a été officiellement présentée lors du concours Miss Vosges le 25 avril dernier. « Beaucoup de jeunes femmes de la Meuse font leurs études ailleurs et se présentent en Moselle ou en Meurthe-et-Moselle », concède Stéphanie Didon, ex dauphine de Miss Vosges en 1999, qui souhaite « un minimum de huit candidates pour organiser une finale ».
Une écharpe de Miss Coup de Cœur sept ans après
En 2018, c’est Victorine Rimlinger qui avait été couronnée pour le département. « Quand j’avais été élue, ce n’était pas du tout pareil qu’aujourd’hui. Mes meilleurs souvenirs de Miss sont dans des centres commerciaux, parce qu’on est à la rencontre des gens. En 2019, la Miss départementale, c’était une figure, les gens venaient lui parler », confie-t-elle, attablée à l’un des commerces du centre de Bar-le-Duc, la ville-préfecture. « Les supermarchés, c’est là où tu brises les clichés de la Miss. On m’a déjà ri au nez plusieurs fois quand j’ai dit que je voulais devenir notaire. Aujourd’hui, les candidates sont étudiantes en droit, en médecine, etc. Mais la représentation locale, c’est important. »
« On m’avait toujours conseillé de faire les Miss, puisque je suis très grande, mais j’ai attendu quelques années pour me lancer ». La peur du jugement sans doute, « dans un petit département comme la Meuse ». Et pourtant, celle qui est aujourd’hui diplômée notaire se lance, ce qui lui permet d’être titrée quatrième dauphine de Miss Lorraine en 2018. « J’étais complètement paralysée par le stress », se souvient-elle. Alors, l’année suivante, elle retente sa chance « de manière beaucoup plus compétitive ». Mais, elle n’intègre pas le carré final. « Pas de déception » pour celle pour qui le concours reste avant tout « une occasion de faire des rencontres ». Quant à une éventuelle troisième participation, Victorine Rimlinger n’écarte rien, mais ce ne sera pas pour tout de suite. « J’ai beaucoup moins de temps à y consacrer. Je n’ai aucun regret, ce ne sont que des bons souvenirs, mais je me suis éloignée de ce milieu. »
En octobre 2025, un léger espoir plane toutefois sur le département : Emmanuelle Delesalle, l’une des deux Meusiennes qualifiées aux côtés de Lolita Berard, candidate à Miss Pays de l’Ain en 2006, repart de la finale Miss Lorraine avec l’écharpe de Miss Coup de Cœur, l’équivalent du prix de la sympathie. C’est la première fois depuis Victorine Rimlinger qu’une Meusienne reçoit une écharpe à ce niveau. La pédicure-podologue de 37 ans n’en « attendait pas mieux » de sa participation. Cette occasion n’a toutefois pas été saisie pour organiser une nouvelle étape départementale qui, selon les informations de Tototheclock, est en négociation avec plusieurs villes du nord du département depuis deux ans. Et pourtant, la Meuse ne fait pas partie des dix départements les moins peuplés de France. En réalité, elle se situe plutôt entre le 15e et 20e. La Lozère, département avec le moins d’habitants (environ 77 500), élit chaque année sa Miss, qualifiée pour la demi-finale de Miss Languedoc. Pour 2026, c’est Candice Gauch, ex Miss Paris, qui a hérité de la couronne.

Dans le département de la Meuse, l’image de Miss France continue donc d’être celle de Sophie Thalmann, la première et dernière Meusienne qualifiée au niveau national, et même élue. « Quand elle est revenue à Bar-le-Duc après son couronnement, il y avait une foule que je n’ai jamais revue nulle part ailleurs », se souvient Franck, à l’époque commerçant dans le département et partenaire du concours.
Député de sa circonscription entre 2007 et 2024, Bertrand Pancher, maire de Bar-le-Duc en 1997, en conserve aussi une belle image. « L’association de Guy Flégny était devenue une pépinière de Miss, raconte l’ancien député. La Ville de Bar-le-Duc était derrière Sophie Thalmann et on a envoyé une forte délégation à Miss Lorraine. Ça pesait beaucoup dans les votes. Puis, nous sommes allés à Deauville pour l’élection de Miss France, mais là-bas, c’était plus anonyme. Aller à Miss France, c’est plutôt apporter un soutien symbolique. » Au sein de la délégation de l’époque, quatre membres de la municipalité, dont Bertrand Pancher, mais aussi les parents de Sophie Thalmann, son frère, ses cousins et quelques amis. « Je garde un souvenir très intense de cette soirée. Après le couronnement, il y avait eu un gala auquel Sophie Thalmann avait participé, et je m’étais retrouvé assis à côté d’Henri Salvador », poursuit l’ancien maire de la ville-préfecture.
C’est ensuite à Bar-le-Duc, dans son hôtel de ville, que Bertrand Pancher reçoit la Miss France 1998 et Geneviève de Fontenay, « la chaperonne et la matrone » des reines de beauté. « Chez les parents de Sophie Thalmann, même tard dans la soirée, elle gardait son chapeau. Elle avait vraiment un caractère affirmé », commente l’élu. Pour celui qui a été président du groupe LIOT à l’Assemblée nationale de 2022 à 2024, afin qu’une élection locale soit de nouveau organisée, il faut « une organisation galvanisée, qui aime cette ambiance. Il faut quelqu’un qui ait envie de porter l’image des Miss et une collectivité qui apporte la technique. » Pour cela, il faudra attendre au moins l’année prochaine et de nouvelles annonces du comité régional. En attendant, Miss Lorraine sera élue le 12 septembre, en Moselle.
Laurine Grandjean-Joyeux sera la seule représentante Meusienne à participer à Miss Lorraine en 2026
Cette année, le seul visage de la Meuse, ce sera elle. Laurine Grandjean-Joyeux, ostéopathe spécialisée pour les humains, âgée de 26 ans, est qualifiée pour Miss Lorraine, un titre auquel elle prétendra le 12 septembre prochain, au zoo d’Amnéville, en Moselle.

« Ce sera ma première fois sur scène », confie Laurine Grandjean-Joyeux, 26 ans. Seule candidate meusienne au titre de Miss Lorraine 2026, l’ostéopathe « spécialisée pour les humains » se forme actuellement à l’ostéopathie animale. « Je ne voyais pas pourquoi je ne soulagerais que les humains. J’ai développé une réelle sensibilité à l’importance d’un accompagnement adapté et accessible, aussi bien pour les humains que pour les animaux. J’aimerais continuer à m’investir dans cette voie et participer à des projets humanitaires auxquels j’aspire », explique la candidate.
Formée en danse et en heels, de la danse sur chaussures à talons, elle n’avait jamais pris part à un concours de beauté auparavant. « Ma motivation à participer à Miss Lorraine vient de l’envie de vivre une expérience humaine forte, de représenter mon territoire et de porter des valeurs qui me tiennent à cœur. Miss Lorraine, ce n’est pas seulement un concours d’élégance, c’est aussi une aventure qui permet de prendre confiance en soi, de faire des rencontres et de mettre en avant des causes qui ont du sens pour moi », ajoute Laurine Grandjean-Joyeux.
Cette année, la Meusienne se sent « prête à relever ce défi et à sortir de ma zone de confort. C’est une opportunité que j’avais envie de saisir, avec l’envie de représenter fièrement la Meuse et ses habitants. » C’est dans une « ambiance conviviale » avec ses camarades d’aventure qu’elle se lance dans cette aventure régionale. Elle fera face à cinq Vosgiennes (Sarah Lhuillier, Miss Vosges 2024 ; Camille Mey, Miss Vosges 2026 et ses dauphines, Ségolène Marchal et Pauline Mangin ; Justine Palmarola, candidate à Miss Vosges 2026), cinq Mosellanes (Célia Lory, Miss Moselle 2026 et ses dauphines, Imane Lahrari et Marine Herbé ; Chloé Ponçot, Miss Hayange 2026 et ses dauphines, Fiona Léger et Émilie Barchetta), ainsi que quatre Meurthe-et-mosellanes (Léane Froment, Miss Meurthe-et-Moselle 2026 et ses dauphines, Mélanie Rocha-Delgado et Elisa Dehoux ; Océane Jacquier, candidate à Miss Meurthe-et-Moselle 2026).
« Être la seule Meusienne candidate cette année est une vraie responsabilité, mais aussi une grande fierté », pour Laurine Grandjean-Joyeux. À la fin du parcours, couronne ou non, l’ostéopathe a « à cœur de représenter mon département, de montrer ce qu’il a à offrir et de porter ses couleurs du mieux possible. »
Les Meusiennes à Miss Lorraine depuis 2019
- 2019 : Victorine Rimlinger, Miss Meuse 2018 ; Caroline Vieh, Miss Meuse 2019 ; Perrine Girsh ; 1ère dauphine de Miss Meuse 2019 ; Estelle Adeline-Colson, 2ème dauphine de Miss Meuse 2019
- 2020 : Caroline Vieh, Miss Meuse 2019 : Estelle-Adeline Colson, 2ème dauphine de Miss Meuse 2019 ; Justine Hofbauer ; Kelly Pernot
- 2021 : Mathilde Nicolas
- 2022 : Vitaly Œillet ; Marion Bruth
- 2023 : Vitaly Œillet ; Marion Bruth ; Mathilde Musial
- 2024 : Mathilde Musial ; Alysonne Chevalier-Bietrix
- 2025 : Emmanuelle Delesalle : Lolita Berrard, candidate à Miss Pays de l’Ain 2006
- 2026 : Laurine Grandjean-Joyeux
À la frontière de la Marne, c’est la Meusienne Athénaïs Adnot qui a confectionné le costume régional de Camille Létang
Les créateurs amateurs et professionnels des quatre coins de la France et de l’Outre-Mer peuvent, depuis le mois de juin 2017, envoyer leur candidature pour réaliser le costume régional de leur Miss, inspiré de l’histoire, du patrimoine et des traditions de la région.

Et il faut dire qu’en Lorraine, le costume folklorique fait souvent parler au-delà du territoire. Après avoir habillé Cloé Cirelli en 2017, le Vosgien Maël Charton a collaboré avec Angéline Aron-Clauss, Miss Lorraine 2023, pour confectionner une « robe-table » devenue virale sur les réseaux sociaux. L’année suivante, c’est le Mosellan Wesley Bouquet, spécialisé dans les costumes de cinéma, qui est sélectionné, mais le staff fait porter à Assia Rosz-Tomenti, Miss Lorraine 2024, la tenue à l’envers. Ce qui vaut au comité régional de recevoir de nouvelles critiques. En 2020, le costume de Diane Febvay, réalisé par Marion Lambert, elle aussi Vosgienne, avait déjà été au cœur d’un scandale médiatique. Geneviève de Fontenay, pourtant retirée mais jamais bien loin du monde des Miss, trouvant que l’idée d’un costume de poilu était indigne. C’est finalement un alérion, symbole que l’on retrouve sur le drapeau de la région, qui est mis à l’honneur sur la scène nationale.
En 2025, seuls des commentaires positifs pleuvent pourtant sur la région. Athénaïs Adnot, jeune couturière meusienne, est choisie par la société Miss France pour créer le fameux costume. C’est la première fois qu’une créatrice de la région est nommée. Diplômée d’un bac pro métiers de la mode, elle avait notamment collaboré avec le parc du Puy-du-Fou pendant ses études. Et après une première candidature infructueuse en 2024, la Meusienne a soumis un croquis en hommage à Louise de Lorraine, épouse d’Henri III. Bonne pioche. « Je suis hyper soulagée car je m’étais préparée mentalement à recevoir des mauvais commentaires. Mais je n’ai reçu que des réactions positives », explique-t-elle.
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C’est donc devant près de 7 millions de spectateurs visiblement bienveillants que la création d’Athénaïs Adnot, Arganthaëlle de son nom de créatrice, a été portée par Camille Létang, Miss Meurthe-et-Moselle 2025 élue Miss Lorraine. Et même si elle n’a pas remporté le prix de la meilleure création (décroché une seule fois pour la région en 2018 par Maël Charton), la Meusienne « trouvait essentiel d’honorer une figure féminine » et « lui donner une voix ». Épouse d’Henri III, Louise de Vaudémont, dite Louise de Lorraine, fut principalement connue pour sa piété et sa discrétion. En 1589, lorsque le Roi est assassiné, elle plonge dans un veuvage austère. C’est donc des « symboles de richesse et de raffinement de l’art lorrain » que l’on peut apercevoir sur le costume. « Les couleurs, d’abord, qui sont celles de la Lorraine », explique la créatrice, à savoir le jaune, le rouge et le blanc. Les mêmes que Saint-Nicolas, saint patron des Lorrains. La Place Stanislas de Nancy, et la cristallerie de Baccarat en Meurthe-et-Moselle sont aussi des détails subtilement ajoutés à la robe.
Déjà exposé sur scène au mois de janvier dernier pour les vœux du département de la Meuse, le costume régional a aussi un temps été présenté au restaurant de la sœur d’Athénaïs, L’Essentiel, à Contrisson. Depuis ce 1er juillet, à Bar-le-Duc, c’est la mercerie Aux Articles de Paris, récemment reprise, qui le met en avant. « C’est la première fois qu’il est exposé sur du long terme, jusqu’au 1er août. C’était une idée commune, explique Athénaïs Adnot. Je lui ai proposé d’animer des ateliers, et on s’est dit que c’était une bonne idée de l’exposer en vitrine. » En quelque sorte, c’est donc une façon pour les deux Meusiennes d’avoir plus de visibilité. La créatrice régionale a d’ailleurs remarqué « un peu plus de commandes » depuis la dernière élection Miss France. « Ce que j’ai gagné, c’est surtout la confiance des gens », concède la couturière, qui « réfléchit actuellement » à envoyer de nouveau sa candidature.

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