Lucie Carbone, 25 ans, « toutes |ses] dents heureusement », est une icône du monde des Miss en France. D’abord candidate au niveau local, elle rejoint vite les grands concours. Miss France, Miss Grand International, Miss Top Model Earth : Lucie Carbone, faire face au racisme et à l’autisme dans les concours de beauté.

Tu as commencé les concours par Miss Menton en 2018, comment était cette expérience ?
En 2018, j’étais en licence LEA Anglais-Japonais et j’avais fait un casting pour une pub. On m’avait alors proposé un concours de Miss, et comme ça pouvait rapporter des contacts, j’y suis allée. Je n’étais absolument pas préparée. Ma mère était absolument contre les concours, et l’est toujours. La première expérience en elle-même était cool, avec des répétitions toutes les semaines, mais le soir de la finale, on sentait le stress, je n’ai pas gagné, j’avais un peu le seum. J’avais créé de sacrées amitiés, mais attendre un an c’était un peu long.
Tu participes alors à Reine de Cœur Côte d’Azur, un comité connu pour son aspect strict, es-tu du même avis ?
Un peu plus tard dans l’année, fin d’automne début d’hiver, j’ai trouvé le comité. Je n’ai pas les dates exactes. C’était un peu loin, sur Fréjus, donc tout s’est fait en une journée. Encore une fois je n’ai pas gagné. J’avais un long historique de perdante avant Miss Grand France. |Lucie rigole]. Je faisais des concours, je forçais, mais par manque d’informations ou parce que des candidates étaient mieux que moi, je ne décrochais même pas des écharpes de dauphines. Je n’ai pas ressenti l’aspect strict du tout, j’aime bien quand les choses sont bien cadrées, fixes et organisées, c’était le cas. Je n’ai pas ressenti qu’on cherchait la petite bête ou quoi que ce soit, le top 5 était justifié. Juste après, je suis aussi passée par Miss Excellence PACA.
La même année tu te lances dans le grand bain : Miss France, et tu finis en régional, comment ça c’est fait ?
J’ai commencé à stalker tous les concours de la région et il y avait un appel à candidature pour Miss Mimosa Mandelieu la Napoule, pour Miss Côte d’Azur pour Miss France. C’était vraiment la locale pour la régionale pour éventuellement aller à Miss France. J’y vais, j’y fonce avec mes yeux pleins de paillettes. J’avais aucune chance face à Lara Gautier. J’avais aussi participé à Miss Vallauris-Golfe-Juan, avec Manelle Souhalia, donc une deuxième Miss Côte d’Azur. Le comité avait vu que j’étais motivée, que j’en voulais et que je faisais de mon mieux pour me comporter le mieux possible. A l’issue de Miss Vallauris, la dernière élection de l’année, ils nous ont dit texto « faites attention à votre téléphone, vous allez peut être être repêchées pour Miss Côte d’Azur ». J’étais à 12 % de batterie quand Lydia m’a appelé pour me dire que j’étais prise. J’ai littéralement aspergé Lydia de remerciements.
Deux ans après tu retentes ta chance en locale mais ça ne prends pas, tu n’es pas qualifiée ?
C’était un choix de ne pas passer en régional parce que plein de choses se sont passées dans ma vie. La première régionale était pendant les vacances, j’étais disponible, pour les répétitions, la finale et le shooting photo officiel du lendemain. J’avais une longue pause avec mon travail. En 2021 je revenais de mon échange en Corée, je finissais mon année de master, je ne pouvais pas me permettre de dire « je ne viens pas demain », je faisais mes études à Aix-en-Provence et les shootings se passaient en Côte D’Azur. On va pas se le cacher, ça faisait trois ans que je faisais des concours avec le comité PACA, malgré ma motivation je voyais que je ne remportais pas d’écharpe, et ce qui pêchait à chaque fois étaient les votes du public car je ne ramenais pas assez de personnes pour atterrir dans le top 8, qui permettait d’accéder justement aux votes du jury. Ca m’a sapé le moral, et quelque part les raisons logistiques étaient aussi une excuse : à quoi ça sert de faire une régionale quand tu sais que tu vas faire de la figuration et que tu ne vas pas ramener assez de personnes ? Mes proches me soutenaient énormément au début pour mes premières élections, même mon frère qui était venu pour la régionale, ma mère qui déteste les concours de Miss, et je sentais une lassitude de leur part.

Juste après le grand bain, l’océan : tu es couronnée Miss Grand France 2022, comment l’as-tu vécu ?
J’ai vraiment tenté le tout pour le tout. Après avoir arrêté les élections chez le comité PACA, je me suis dit c’est quitte ou double. Je me suis dit que si je ne gagnais pas une écharpe de dauphine, j’arrêtais les concours de Miss. Quelle ne fut pas ma surprise quand on a posé la couronne sur ma tête. Je me suis pris un coup de massue par la vie. Quand je suis rentrée dans ma chambre d’hôtel le soir de l’élection j’ai regardé les candidates de Miss Grand déjà élues, j’ai vu la différence de niveau et je me suis dit « là c’est sérieux, il va falloir se préparer sérieusement ». Ma mère, avec tout son dédain pour les concours de miss, était la première à me pousser, à être vraiment ma première fan en fait.
Et tu t’es préparée très rapidement ?
Après ce coup de massue, je n’ai eu que 3 semaines pour me préparer. Costume, garde robe avec au minimum 3 tenues différentes, à mettre en place, pour 3 semaines. Ca a été très long. J’ai connu Marion Lambert via Tototheclock d’ailleurs. Au vu de l’urgence du projet et comme c’est quelqu’un de très sympathique et très professionnelle, on a pu discuter et créer un déguisement de toute pièce en un espace de temps très limité. Elle a aussi créé ma tenue pour la sashing ceremony.
Dans un groupe privé tu racontais tes différences avec des candidates comme Miss USA, qui arrivait aux répétitions en robe et en talons, face à toi, jogging et baskets.
Pour les derniers jours de l’aventure, chez Miss Grand International, ce sont des jours entièrement dédiés aux repets pour le show final. Le bon sens, en tout cas le mien, tendrait à penser que la tenue idéale est une tenue de sport. Ma logique ne s’applique pas au monde des Miss, vu qu’il y avait une exposition médiatique, il fallait être sur son 31, jusqu’à l’arrivée dans les loges. Concrètement, si je veux être honnête, ça m’a mise un coup, car je peux le relier avec mon expérience avec l’autisme. Dans cette situation avec toutes ces filles en robe, j’avais l’impression qu’elles avaient un manuel qu’on ne m’avait pas filé. C’est un truc que beaucoup d’autistes ressentent dans ce monde neurotypique, on évolue dans un monde où on à l’impression que tout le monde connaît des règles qu’on ne nous as pas transmises de base.
Tu as donc été une fervente représentante de l’autisme à l’international ?
Je m’en suis rendu compte quand des personnes sont venues me voir en message privé pour me dire à quel point ça leur donnait de l’espoir que je me sois rendu compte de la force des mots que j’avais utilisé. C’était pareil pour ma cicatrice. Pendant l’épreuve de maillot de bain j’avais pris un deux pièces qui montrait ma cicatrice à la suite de mon arthrodèse à cause de ma scoliose à mes 14 ans. Je n’ai plus aucun problème avec celle-ci, j’avais fait la paix avec ma cicatrice. C’est vraiment une fois passé le round maillot de bain que j’ai reçu des messages comme quoi d’autres femmes aient eu la même opération, et que maintenant elles pouvaient se sentir belles grâce à moi.
En parlant de représentation, tu es la première asiatique à représenter la France dans le BIG 5, des gens t’ont fait des remarques ?
Je suis la première chez Miss Grand. Pendant la préparation c’était plein de commentaires qui disaient « ils se sont trompés de candidates ». J’en avais mangé autant pendant mon enfance. C’était très facile de passer outre car ils manquaient d’imagination. Hormis le stress pendant la finale, ça allait.

Depuis, tu n’es plus apparue sur le compte de Miss Grand, quel est ton rapport avec le nouveau comité ?
Angelo m’avait contacté pendant ma préparation Ca ne s’est pas fait pour des raisons géographiques et de communication. J’ai appris par les réseaux-sociaux qu’il avait repris le comité. Il m’avait contacté pour qu’on discute et qu’on mette en place une collaboration. J’étais enchantée mais s’est posé un problème, celui du droit à l’image. On arrivait pas à se mettre d’accord sur un contrat qui nous irait à tous les deux. On a décidé comme des adultes de faire chemins à part. J’aurais aimé un peu plus m’impliquer auprès de l’organisation nationale, ils ont refusé c’est quelque chose que je peux comprendre aussi. Clémence Drouhault, Miss Grand France 2023, je l’ai contacté, je lui ai donné tous les conseils que je pouvais lui donner. Force est de constater que l’alliance de ces conseils et de la préparation d’Angelo a porté ses fruits puisqu’elle a fait un Top 20.
La semaine dernière, tu es rentrée de Géorgie du concours Miss Top Model Earth, comment ça s’est passé ?
J’ai fait Miss Top Model Earth en Géorgie. Suite à Miss Grand, ça m’a donné une visibilité de dingue, j’ai été contactée pour participer et représenter la France. On m’a dit que c’était une semaine en Géorgie. Mine de rien ça me faisait une autre expérience à l’international. Au vu de ma prestation pendant les prelims et la finale Miss Grand j’étais déçue, même si j’ai conscience que j’avais très peu de temps pour me préparer, j’ai déçu pas mal de fans aussi. J’ai sauté sur Top Model Earth pour me préparer, donner un meilleur catwalk pour la finale. C’était une expérience très positive. J’ai découvert une ville, un pays, une culture très sous cotée, j’ai trouvé la Géorgie très formidable. L’expérience en elle même était très cool. L’organisation était aux petits soins, la chorégraphie était très sympa, même si on était que 14, un beau chiffre mais beaucoup moins comparé aux 68 candidates de Miss Grand. C’était une très belle expérience quand même.
Peux-tu nous parler du futur de Lucie ?
Le futur de Lucie c’est que là justement je vais rien spoiler mais attendez vous à quelque chose en avril. J’ai déjà posté quelques stories avec un petit projet qui se concrétise. Je suis en train de faire le croquis pour un costume national…
Nous remercions à nouveau Lucie et sommes ravis de la soutenir dans ses prochaines aventures.
Photos Lucie Carbone / Interview Thomas Chiarazzo

Répondre à Léna Vairac et Lucie Carbone : Les deux françaises, futures reines des bananes ? – Tototheclock Annuler la réponse.