Si Charlène* témoigne aujourd’hui, c’est parce qu’elle imagine qu’elle pense qu’elle n’est « pas la seule ». Gagnante d’un concours de beauté national l’année dernière, elle raconte avoir « vécu un enfer ». Pour « que cela n’arrive plus aux autres », elle prend la parole.

« Quand on rentre dans ce comité, on s’attend à quelque chose de merveilleux, qu’on ne vit qu’une fois dans sa vie, en adéquation avec le respect de la femme et d’autrui. Au niveau régional, ça s’était super bien passé. À l’élection nationale, il y a eu quelques difficultés, on était peu nourries, mais ça nous semblait normal », explique Charlène.
Le soir de la finale nationale arrive, et Charlène se retrouve avec la couronne sur la tête. Elle fait donc le tour des régions. « La tournée s’effectue, et plus ça se passe, plus je me sens dans un cadre toxique, je me retrouve étouffée. Il y avait toujours quelque chose à redire, toujours la phrase de trop à mon sujet. Il est arrivé une fois, parce que j’ai une déviation de la cloison nasale, que je me mouche, de la manière la plus discrète possible lors d’un événement. On m’a expliqué qu’une Miss n’avait pas le droit de se moucher en public. Quand ce n’était pas ça, on me reprochait ma façon de me tenir, ma façon d’être en société. Ce n’était que des piques, tout le temps, ça devenait difficile à gérer.»
« Je me sentais tellement seule, je pleurais tous les jours. Il leur fallait une coupable pour tout, et c’était moi. La vice-présidente du concours me parlait sur un ton inadmissible devant tout le monde, sans que je ne puisse dire quoi que ce soit. C’était littéralement ‘sois belle et tais-toi’, je n’avais pas le choix. Les membres du comité faisaient des remarques tellement abominables sur moi que même mes proches ne me parlaient plus. On a cherché à m’isoler pour que je sois détruite. Bien sûr, j’ai pensé un nombre incalculable de fois rendre mon titre, je n’avais pas participé pour supporter tout ça. J’ai vécu la discrimination, le harcèlement, plein de petites critiques qui prennent une place énorme dans mon esprit. Je m’en prenais plein la tronche, à tel point qu’à un moment, je voulais en finir avec ma vie, j’étais fatiguée. »
Cindy*, élue en Alsace, s’est liée d’amitié avec Charlène. Au cours de l’année, elle l’accompagne donc sur la tournée régionale. « Je la voyais s’éteindre, littéralement. Elle était tellement rabaissée qu’un soir, elle m’a demandé si elle valait le coup de vivre. C’était terrible de la voir s’affaisser comme ça », se souvient la Miss régionale. Pour elle, Charlène « se faisait rabaisser sur tout, sa coupe de cheveux, ce que Charlène pouvait être ou pouvait dire », complète Cindy. « Un soir où elle allait vraiment très mal, Charlène a demandé à la vice-présidente si elle était au moins fière d’elle pour quelque chose. Elle lui a simplement dit qu’elle avait une belle robe. Rien de plus. »
Au fur et à mesure de l’année, Charlène « continue de s’éteindre ». « Je me suis dit que j’allais prendre un peu de recul, sourit nerveusement l’élue nationale, éviter tout contact avec les membres du comité. D’une certaine façon, sortir de leur vie, ça m’éviterait toute sorte de problème, mais quand je ne leur écrivais pas sur les réseaux sociaux, ils m’écrivaient par SMS. Si je prenais du recul, c’était pour moi, je ne pouvais plus supporter la critique à longueur de journée. »
Aujourd’hui, Charlène pense ne pas être « la seule » à avoir vécu une telle situation. « J’ai vécu un enfer, et aujourd’hui, je veux que mon histoire soit écrite et répétée. »
*Les prénoms ont été modifiés

Laisser un commentaire