Le 21 novembre 2025, la mexicaine Fatima Bosch est élue Miss Univers dans un contexte tendu. Deux mois après la finale internationale, la rédaction de Tototheclock fait le point.

L’organisation Miss Univers et les scandales, c’est un peu comme une longue histoire d’amour. Parfois, il se passe beaucoup de choses, c’est la tempête, puis le calme plat. Mais on ne peut pas parler ainsi de cette saison 2025 du concours, qui a sans doute été l’une des plus polémiques.
La stabilité de l’organisation annuelle était déjà remise en doute par les fans le 29 octobre 2025, moins d’un mois avant la finale, lorsque l’organisation Miss Universe (MUO) nomme Mario Búcaro comme nouveau CEO, succédant à Anne Jakrajutatip, qui avait quitté ses fonctions quelques mois plus tôt. Le 3 novembre, le premier scandale éclate déjà : la police thaïlandaise se rend à l’hôtel des candidates pour enquêter sur la promotion d’un casino en ligne, une pratique illégale dans le pays et que certaines candidates auraient mis en avant sur leurs réseaux sociaux. De rage, Nawat Itsaragrisil, directeur national de la Thaïlande, arrache une des affiches en live. D’autres polémiques se jouent également sur les réseaux sociaux, lorsqu’un vote est mis en place pour qualifier dix candidates à un « dîner avec Nawat », que peu de Miss et fans soutiennent. L’organisation internationale indique d’ailleurs rapidement qu’elle n’a jamais validé cette idée.
Le lendemain, ce même Nawat prend à partie Miss Mexique, Fatima Bosch, qui avait refusé la veille de faire la promotion de ce fameux casino, partenaire du concours international, devant l’ensemble des candidates. Il la traite notamment d’idiote devant les autres et la fait taire violemment, ce qui fait réagir de multiples concurrentes, qui quittent la salle, comme Miss Guadeloupe, Ophély Mezino, Miss Bulgarie, Gaby Guha, et Miss République Démocratique du Congo, Dorcas Dienda. Victoria Kjaer, Miss Universe 2024, originaire du Danemark, quitte elle aussi la salle et déclare aux blogueurs présents sur place et à la presse qu’il s’agit là de « droits humains » qui ne sont pas respectés et qu’elle préfère partir. La cérémonie de remise des écharpes a finalement lieu quelques heures plus tard, dans une ambiance modérée.
Présent sur place, Mathieu Duguine, du média FrenchMissTV rend compte quant à lui d’une « folle ambiance » ressentie tout au long du concours. « Tous les matins, quand les candidates partaient répéter, tous les médias et les blogueurs étaient déjà là. Et même quand les candidates ne sont pas là, il se passe toujours quelque chose dans le lobby de l’hôtel », se souvient-il. « Il y a toute la journée des gens connus, des directeurs nationaux, mais quand les Miss rentrent le soir, c’est la folie, il y a un monde incroyable. C’est drôle parce qu’on voit la différence entre les candidates : celles qui font attention à leurs présentations vont soigner leurs apparitions alors que d’autres sortent du bus et vont directement s’enfermer dans leur chambre. » Parmi celles qui se démarquent sur place et viennent chaque jour à la rencontre des médias : « Colombie, Puerto Rico, Thaïlande, Philippines et Côte d’Ivoire ». Quatre d’entre elles se qualifient d’ailleurs en finale. « Elles faisaient même en sorte de ne pas arriver en même temps pour ne pas se faire concurrence, mais elles prennent le temps de rester avec les gens, faire des photos, des interviews », se souvient Mathieu Duguine. Il se dit même « impressionné » par le professionnalisme de la plupart des candidates. « Certaines dormaient quelques heures seulement pour avoir des interviews. Là-bas, les blogueurs sont des stars, toutes les Miss les connaissent et elles savent comment ça marche pour avoir de la visibilité sur les réseaux sociaux tout en continuant à vivre leur aventure à fond. » Le blogger souligne tout de même que Miss Mexique n’aurait, selon les blogueurs présents à l’élection, pas dû gagner. « Elle n’avait même pas sa place dans le Top 12 », lance-t-il. « Je ne l’ai pas trouvé très agréable, elle ne prenait pas du tout de temps avec les gens, elle était toujours pressée. Et si sa candidature semblait monter en puissance après le scandale avec Nawat, « parce qu’elle a osé dire tout haut ce que tout le monde pensait tout bas, cela ne veut pas dire qu’elle devait gagner ».

Omar Harfouch, pianiste et membre du jury, affirme, une semaine avant la finale, qu’un jury interne aurait sélectionné les 30 demi-finalistes sans les avertir et avant même la compétition préliminaire. Il indique aussi que le père de Miss Mexique aurait passé un deal important avec le comité Miss Universe et qu’il « serait bien pour les affaires de l’organisation » qu’elle soit élue. Il se retire du jury, en même temps que Claude Makélélé, footballeur français. C’est finalement la mexicaine qui est élue, face à une foule sous le choc, qui scande le nom d’Olivia Yacé, Miss Côte d’Ivoire, qui aurait, selon eux, dû gagner. « A chaque annonce des dauphines, les gens huaient et sifflaient dans la salle. Il y avait des battles entre ivoiriens et mexicains, les gens étaient sous le choc. Quand elle est arrivée à la coronation night – moment où sont remis les titres continentaux- il y avait limite plus d’engouement pour sa première dauphine, la Thaïlande, que pour elle », souffle Mathieu Duguine. « Quand elle est arrivée, tout le monde s’en foutait, ce n’était pas voulu, mais c’était naturel. Les gens ne la boudaient pas, mais ils n’avaient aucun enthousiasme pour elle », conclut le directeur national chez Miss Planet.
Le 25 novembre, Raúl Rocha, président de la MUO, explique à travers une vidéo que si l’ivoirienne n’a pas gagné, c’est à cause d’une « faiblesse de passeport ». Frédéric Gilbert, propriétaire de la licence française, indique dans une interview qu’il ne sait pas encore s’il renouvellera la licence l’année prochaine. La dernière fois que cette question s’est posée, c’est Emmanuelle Chossat qui a été envoyée par un comité national indépendant, en 2003. Miss Côte d’Ivoire décide de rendre son titre continental de Miss Universe Africa, reçu pendant la finale. Elle est suivie par Miss Estonie, Brigitta Schaback, qui rend son titre en raison de « désaccords » avec les valeurs de son directeur national. « C’est bien que les magouilles soient montrées au grand jour car je pense qu’il y a dans bon nombre de concours, bien plus qu’on ne l’imagine », analyse une ancienne représentante Française à l’international, qui a souhaité rester anonyme. « Ça montre aussi que la couronne n’est pas la finalité d’un parcours même si c’est le graal ultime, il faut utiliser un concours pour utiliser sa voix, son projet, des opportunités de grandir plus vite. Pour ce qui est de rendre son titre, chacune est libre tant que c’est en lien avec son message personnel et pas pour suivre un effet de masse ou un buzz », poursuit-elle.
Le 26 novembre, un mandat d’arrêt est émis en Thaïlande contre Anne Jakrajutatip, copropriétaire du concours, dans une affaire de fraude évaluée à environ 930 000 $. Parallèlement, Raúl Rocha fait l’objet d’une enquête mexicaine pour trafic d’armes, de carburant et de drogue, fragilisant une fois de plus l’image de l’organisation. Suite à cette affaire judiciaire, la MUO a annoncé la fermeture de son bureau au Mexique pour retourner à New York, en invoquant des « incertitudes juridiques et contextuelles » comme facteurs clés de ce changement stratégique. Mario Búcaro, le CEO démissionne.
À ce jour, aucune enquête particulière n’a été lancée, mais l’image de marque continue de s’effriter, même au sein des licences nationales. Au début du mois de janvier, Chloé Deher, Miss Guadeloupe 2013, a été couronnée Miss Universe Guadeloupe 2026 en l’absence d’Ophély Mezino, l’élue en place, qui assure ne pas avoir été « ni informée ni conviée » à la cérémonie, qui s’est tenue six mois à peine après son couronnement. De quoi alimenter encore un peu plus la mauvaise image que le comité Miss Universe a l’air de traîner depuis quelques temps.

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