Geneviève de Fontenay : ses plus grands scandales analysés par son ancien collaborateur

Le 1er août 2023, Geneviève de Fontenay décédait. Deux ans après, pour Tototheclock, Hubert Guérin, le dernier collaborateur de la dame au chapeau, et auteur de sa biographie et du livre à paraître « Miss France, du rêve à la réalité », revient sur les plus grands scandales qui ont marqué la vie de l’ex patronne des Miss France.

Hubert Guérin, auteur de la biographie de Geneviève de Fontenay. Photo Coralie Lager

1982 : Isabelle Turpault, « premier scandale chez les Miss ».

Isabelle Turpault, élue Miss France 1983. Photo Laurent MAOUS

Un mois et demi après avoir été couronnée Miss France 1983, la Parisienne Isabelle Turpault est destituée par Geneviève de Fontenay suite à la publication de photos érotiques dans Paris Match. « C’est le premier vrai scandale du concours, et il permet à Geneviève de Fontenay de se faire connaître des médias », explique Hubert Guérin. « Elle a une réaction à contre-courant de l’époque, et tonne dans la presse que Miss France n’a pas à se mettre nue, ce qui fait connaître le concours d’une manière assez étonnante. » Isabelle Turpault sera finalement destituée et fera tout pour récupérer sa couronne devant les tribunaux, en vain. « À ce moment-là, les Fontenay comprennent que l’application stricte du règlement leur permettra de s’imposer dans un monde concurrentiel, puisqu’à l’époque, leur comité n’est qu’une association, et n’a rien d’officiel. »

1999 : Mareva Galanter, la Miss du jury.

Mareva Galanter, succède, en 1998, à Sophie Thalmann. Photo Franck Fife / AFP

Lors de l’élection de Miss France 1999, en direct de Nancy sur TF1, Miss Tahiti, Mareva Galanter remporte la couronne. Mais en terme de votes du public, elle est loin derrière sa 1ère dauphine. « C’est la première fois, avant le scandale Valérie Bègue, que Geneviève de Fontenay va vraiment vaciller. Une association se monte pour contester l’élection en justice, prétextant le fait que l’élection était truquée puisqu’Albertine Galanter, la chapelière de Geneviève, se trouvait être la grand-mère de la nouvelle Miss France ! Geneviève l’a appris une fois le concours passé, et bien sûr, tombe des nues, mais comme elle n’a pas sa langue dans sa poche, toute la presse l’a su très rapidement. Sans rentrer dans les détails, la famille était brouillée et Mareva Galanter ne connaissait pas ses grands-parents. On va alors faire face à une clarification importante des règles. Grâce à Dominique Villain-Allard, alors délégué des régions Nord et Pas-de-Calais, a également introduit les huissiers dans le concours. »

2004 : Laëtitia Bléger, la Miss « oubliée ».

Laëtitia Bléger lors du voyage d’intégration en Tunisie. Photo Jean-Marc Sureau/TF1

En 2004, l’Alsacienne Laëtitia Bléger est couronnée Miss France. « À la fin de son année de règne, comme beaucoup, elle n’est pas du tout drivée et rencontre une agent un peu véreuse, qui la fait poser pour des photos en lingerie fine. Elle pensait apparaître dans le magazine « ELLE », et se retrouve dans « Entrevue ». » Elle sera finalement sanctionnée, et destituée pour six mois. « Son frère en est venu à se battre au lycée parce qu’on insultait sa sœur. Laëtitia a eu beaucoup de mal à s’en remettre, et Geneviève a mis beaucoup de temps à lui pardonner. »

2008 : Le scandale Valérie Bègue, « De Miss France adulée à Miss France sur le bûcher ».

Le magazine d’Entrevue dans lequel Valérie Bègue apparaît. Photo Olivier Corsan / Le Parisien

« Il faut savoir que quelques semaines avant le concours national, Valérie Bègue appelle Geneviève et lui annonce qu’elle ne participera pas à Miss France en raison de ses études. Geneviève a conscience que cette fille peut accéder à la couronne, et dira plus tard qu’elle « l’attrape par la peau du cul ». Le soir de Miss France, elle brille. » Deux semaines à peine après le sacre de la réunionnaise Valérie Bègue, un photographe vend, pour 8 000 euros, des photos érotiques de la nouvelle reine de beauté au magazine Entrevue. « C’était une véritable chance pour Miss France, le scandale le plus retentissant de l’histoire du concours. On se rend alors compte que les scandales passionnent les Français, et c’est le début de la fin d’un règne de 56 ans de Geneviève sur les concours de beauté. Sa couronne de Reine mère des Miss commence à vaciller ». Sur les plateaux télé, Geneviève réagit aux photos de Miss France, en maillot sur une croix, ou en train de lécher du yahourt. « Ce qui provoque le scandale, ce ne sont pas les photos, mais la réaction de Geneviève. Elle ne joue pas un personnage, tout ce qui touche à Miss France la touche réellement ; quand elle parle, qu’elle hurle, cela se passe réellement. Valérie Bègue va alors passer du statut de Miss France adulée à Miss France sur le bûcher. En interne, Geneviève est bien décidée à faire destituer Valérie Bègue, mais elle a été élue par les Français, on ne peut pas lui retirer son titre. Geneviève de Fontenay menace alors de démissionner. Sylvie Tellier et Geneviève Leblanc (N.D.L.R. l’ex bras droit de Geneviève de Fontenay) se réunissent avec Valérie Bègue et décident d’un commun accord qu’elle ne se rendra pas aux concours régionaux et ne partira pas à l’international. Elle fait son année auprès de sa première dauphine, Laura Tanguy, mais aura surtout un rôle commercial. Ce scandale marque une rupture fondamentale entre Geneviève et Endemol. A partir de ce moment-là, Sylvie Tellier monte en puissance et on fait comprendre à Geneviève de Fontenay qu’elle est très bien en région, mais qu’elle ne doit plus avoir de décision stratégique. » Il est à noter que le scandale remontera jusqu’au gouvernement, puisque Christian Estrosi, actuel maire de Nice et, à l’époque, Secrétaire d’état à l’Outre-Mer avait déclaré, au Journal de l’Île de La Réunion : «J’ai tenu à appeler Mme de Fontenay afin de lui dire qu’au-delà de la stricte application du règlement, c’était l’image d’un des plus beaux territoires de France qui risque d’être ternie et le choix de millions de citoyens français présents sur les trois océans qui serait remis en cause ». « A La Réunion, les gens portaient des tee-shirt avec des croix dessus, et un chapeau, pour symboliser clairement la mort de Geneviève de Fontenay », souligne Hubert Guérin, qui explique que Geneviève de Fontenay est restée traumatisée par cette affaire « jusqu’à ses derniers jours ».

2009. Kelly Bochenko, « l’affaire Miss Paris ».

Kelly Bochenko fait la couverture d’Entrevue en 2009. Photo Olivier Corsan / Le Parisien

La Miss Paris 2009, elle aussi, paraît nue dans le magazine « Entrevue ». « Il faut le dire, Kelly Bochenko est responsable du départ de Geneviève de Fontenay du concours de Miss France. » C’est avant le concours national que le magazine publie des photos « pornographies et blasphématoires » de Kelly Bochenko. En couverture, une reproduction du film érotique « Emmanuelle ». « Pour Geneviève de Fontenay, c’est l’affaire de trop. Ce qui est assez touchant, c’est qu’elle est esseulée, elle en a ras-le-bol. Elle traite de Kelly Bochenko de pute et de salope. Elle y va fort, parce qu’elle est sincèrement touchée au fond. Mais insulter n’est jamais la bonne réponse. Elle se retrouve une fois de plus dans les médias à défendre ce concours qu’est Miss France, qu’elle a créé, face à une entreprise qui ne la respecte et qui ne respecte pas ses valeurs. » La Miss Paris est finalement récupérée par Endemol pour l’émission « La ferme des Célébrités en Afrique », où elle va gagner près de 20 000 euros. « L’affaire aura un retentissement moindre, parce que Kelly n’est pas Miss France, mais en interne, Geneviève devient quelqu’un de ringard. »

2010 : Geneviève de Fontenay quitte le concours Miss France.

Geneviève de Fontenay à son bureau, après Miss France. Photo DR

C’est en janvier 2010 que Geneviève de Fontenay décide de démissionner, pendant le traditionnel repas annuel des délégués régionaux. « Elle vient à peine de ses réconcilier avec son fils, Xavier, avec qui elle ne parlait plus depuis 2004, quand il a été viré du concours. Dès ce moment-là, il cherchait à concurrencer le concours Miss France, c’était son rêve. Il attendais que sa mère soit à bout, elle venait se faire opérer de la hanche (N.D.L.R. elle venait de se faire poser une prothèse) et il l’a convaincu, en janvier 2010, pendant l’Assemblée Générale des délégués. Xavier de Fontenay se présente en jean bleu et en casquette. Il déjeune, mais il n’a aucune légitimité à être là, uniquement au titre que c’est le fils de sa mère. Geneviève de Fontenay paraissait être une femme qui maîtrise son destin, mais en réalité, elle est soumise au chantage affectif de son fils, il la manipule par rapport à ses petites filles. Aurait-elle quitté le concours si son fils ne lui avait pas imposé ? » C’est à ce moment que les délégués ont dû faire le difficile choix de suivre Geneviève de Fontenay, ou Endemol. « Pour les délégués fidèles depuis plus de trente ans, c’est compliqué, parce que Geneviève de Fontenay était leur amie dans la vie personnelle. Certains, comme Dominique Villain-Allard, font le choix d’Endemol car on leur propose de réunir leurs anciennes régions, et donc plus de votes. » Miss Artois Hainaut et Miss Flandre deviennent Miss Nord-Pas-de-Calais, qui reçoit le prix de l’Hospitalité l’année suivante, puis est finalement couronnée Miss France en 2015, avec Camille Cerf. « Quand ils créent tous les deux Miss Prestige National, Geneviève de Fontenay met 30 000 euros de fonds personnel, mais les difficultés s’accumulent pour le concours et Geneviève le quitte en 2016. » Aujourd’hui, l’ex Miss Prestige National est devenu Miss Excellence France, présidée par Christiane Lillio, Miss France 1968.

2019 : Marion Lambert et le costume du poilu.

Le costume du poilu (à droite), exposé en Meurthe-et-Moselle. Photo Emeline Piucco

« Quand les Fontenay instaurent le défilé du costume régional, le but est de mettre en valeur les spécificités régionales et le patrimoine de chacune des régions. Les costumes sont récupérés dans les paroisses, les musées spécialisés. On a notamment des coiffes alsaciennes ou des bigoudènes, qui ne mettent pas en valeur la Miss. Dans un soucis de modernisation, TF1 le renomme « costume folklorique ». Si Geneviève de Fontenay réagit aussi violemment, ce n’est pas pour critiquer le travail de la créatrice, qui avait la volonté de mettre en avant l’histoire de sa région, mais parce qu’elle était choquée qu’on puisse mettre sur le même statut le sacrifice des poilus avec un défilé sur un plateau en plexiglass. Le costume de Marion Lambert a réactivé, chez Geneviève, un certain nombre de souvenirs de ses grands-parents, qui avaient vécu la Guerre de 14-18. Par respect pour les poilus, elle estimait qu’on ne pouvait pas en faire un divertissement. »

Les derniers secrets de la dame au chapeau – Éditions Vérone, 300 pages – 23 euros TTC. Paru le 31 mai 2024.

– Miss France : du rêve à la réalité – Editions Vérone, 492 pages – 27 euros TTC. Parution le 8 septembre 2025. Disponible en précommande.

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