Kevin Colard / Monsieur Kay : « Je trouve les gens très beaux très facilement »

Kevin Colard, alias Monsieur Kay, la quarantaine, est devenu en quelques années une icône de la photographie masculine à Paris. Du mannequin Giovanni Bonamy au Mister Pays Basque 2024 Nathan Mannevy en passant par le danseur Anthony Collette, Monsieur Kay a tiré le portrait de centaines de personnalités françaises. Interview réalisée par Thomas Chiarazzo.

Vous avez démarré dans la chanson française, comment est né votre attrait pour la photographie ?

J’ai toujours eu un attrait pour la photographie. J’ai 40 ans, et j’ai vu les portables changer la donne, mais je suis détaché de l’image photographique. Déjà comme jeune adolescent j’avais un appareil photo. J’aimais beaucoup prendre mes amis en photo, immortaliser des concerts, des moments. J’ai fait pas mal de photos de spectacles et de concerts quand j’ai commencé la musique à Paris, j’ai accédé à tous l’univers du show-biz et de la musique.

Nathan Mannevy, Photo Monsieur Kay 2024

Vous avez shooté plusieurs fois des femmes, notamment Rachel Trapani, Miss France 2007, mais vous êtes une icône de la photographie masculine, comment l’expliquez vous ?

J’explique ça par le choix de faire [des photos de] très peu de femmes. Certains prennent très bien les femmes, je n’ai pas la même affection, pas le même attrait. J’ai du mal à avoir du recul sur ce que je fais. La beauté est assez compliquée, j’ai une vision assez esthète, je trouve les gens très beaux très facilement. Un garçon, je le trouve beau pour le prendre en photo, et j’ai envie de le rendre aussi beau que comme je le vois. Pour les femmes généralement j’ai besoin d’une admiration particulière pour avoir ce rendu là. Pour les garçons, je n’ai pas besoin de cette admiration. Je shoote beaucoup d’hommes de plein de secteurs différents, des acteurs, des chanteurs. J’ai une vision un peu sensuelle et sexy de la photo et quand je shoote quelqu’un, ça crée un engouement chez les gens car ils aiment avoir des photos un peu différentes de Mister, d’acteurs, de chanteurs et d’influenceurs.

Giovanni Bonamy. Photo Monsieur Kay, 2017.

Est-ce qu’il y a un shooting qui vous a marqué en particulier ?

Le shooting qui m’a le plus marqué est arrivé assez tôt dans ma carrière. Avant de me mettre à la photo de mannequin, j’avais des photos de Giovanni Bonamy chez moi. C’était vraiment mon goal, mais je ne savais pas qu’un jour je serais photographe de métier, qu’un jour je le prendrais en photo. Aujourd’hui c’est mon ami, j’étais même à son mariage. A l’époque les mannequins ne faisaient pas d’influencing et inversement. On est partis à Londres pour un shooting avec la marque Puma et Lewis Hamilton. On avait un shoot à faire nu pour un magazine, on a fait ça à 8h du matin dans la chambre d’hôtel de Giovanni. Ça a aussi été ma première couverture de magazine, c’était un moment très fort, très important pour moi parce que c’était aussi mon goal absolu de photographe. Je suis très détaché autour des shoots dans ma manière de réaliser des photos. Je passe plus de temps à discuter avec les gens avant les photos plutôt qu’à faire les photos. Je n’ai jamais pris quelqu’un en photo chez moi sans échanger avec lui avant. Les gens m’intéressent, savoir qui ils sont, ce qu’ils veulent faire, ça permet de gagner beaucoup en ouverture sur les shootings des deux côtés. Quand je vois des photos je vois avant tout un ressenti autour de ce moment. Une photo m’évoque le moment, l’échange qu’il y a eu avec les modèles. Avec Giovanni Bonamy, c’était un package de fou émotionnellement, y compris dans le rendu.

Est-ce qu’il y a un mannequin ou une personnalité que vous aimeriez shooter ?

Mon autre goal dans la vie c’est Marlon Teixeira, mannequin brésilien, plus grand mannequin du monde même. J’aime aussi particulièrement Gaël Faure, un chanteur que je trouve très beau, physiquement comme dans son art. Il a refusé parce que j’ai une image assez sensuelle dans mes photographies. J’avais aussi contacté François Civil avant même qu’il ne prenne de la notoriété. C’était il y a 8 ou 9 ans mais ça ne s’est pas fait parce que depuis il touche d’autres sphères de popularité, j’ai une image très « corps » dans mon travail et ça ne correspondait pas. Les meilleurs shoots que je fais sont ceux où les modèles surpassent cette idée du corps que je peux avoir. Si ils ne dépassent pas cet aspect là, tant pis pour eux et pour nous parce qu’on passe à côté d’un moment bénéfique. Il y a aussi beaucoup de modèles avec qui ça traîne beaucoup, comme Esteban Vial, que je trouve très beau au-delà de son humour, ou encore Enzo Carini.

Period Skins N°5 – 2018 – Photo Monsieur Kay

Quelle relation le photographe doit créer avec un modèle pour un shooting réussi ?

J’ai pas de recul sur ce que je fais mais je cherche pas à provoquer une confiance. A priori j’attire cette confiance. Il y a une notion de partage et de confiance, une écoute. C’est un échange afin de savoir ce qu’ils veulent et ce qu’ils ne veulent pas. Beaucoup de Mister que j’ai shooté débutent, ont des envies et des idées. Je ne provoque pas, il faut que ce soit le plus naturel possible. J’aime que les gens soient libres. Il n’y a pas d’erreurs en photographie. Je n’ai pas d’attentes précises d’eux donc ça les libère de cette pression de mal faire. Je suis assez connu pour être drôle en photo, faire des bruits un peu bizarres. Je fais rire les gens malgré eux, malgré moi. Au delà d’en avoir fait mon métier, être photographe est avant tout une passion. Je suis émerveillé à chaque fois que je shoote quelqu’un.

Que pensez-vous de l’apparition de nombreux photographes amateurs sur les réseaux sociaux ? Est-ce que vous voyez en eux de la concurrence ?

Je vois peu leurs comptes donc je ne vois pas de concurrence à vrai dire. Je n’ai jamais pris d’inspiration nul part mais je vois que certains photographes le font. J’ai démarré il y a 10 ans à Paris. J’en ai vraiment chié. Paris est petit. J’ai reçu des messages de photographes me disant que c’était eux qui faisaient des photos au Louvre, ou que je copiais leurs photos. Il y a beaucoup de photographes qui me bloquent sur les réseaux sociaux. Je vois parfois des photographes qui prennent les mêmes modèles que moi, aux mêmes endroits. Parfois je vois des photos très similaires aux miennes, je suis content d’influencer mais je n’ai rien inventé. Quand j’ai lancé une série « chaise », il y avait des chaises avant moi et il y en aura après. Je n’avais jamais vu autant de photo de chaises. Quand je vois ces photos similaires je commente sans amertume avec un petit clin d’œil. Un modèle n’appartient à personne. C’est plutôt un honneur d’influencer des gens.

Alexis Loizon, Photo Monsieur Kay

Estimez vous avoir une visage à connotation vulgaire ?

Pour certains j’ai une image très homo-érotique, très gay, à la limite du vulgaire, mais en même temps j’ai une image très masculine, très virile. C’est la même chose pour les interviews, pour certains médias je suis pas assez gay et pour d’autres je le suis trop. Cette contradiction sur mon travail est assez déroutante. J’avais demandé un jour à un de mes modèles pourquoi l’un de ses amis ne voulait pas shooter avec moi. Il m’a répondu qu’il trouvait mes photos « olé-olé » et que c’était « chaud » des fois de voir mes photos en public. On était chez lui ce jour là, il ouvre son feed, et là je vois que des nanas à poil, sexy. Moi qui suis gay, qui ne suis pas intéressée par les filles, je trouve ça vulgaire. Je peux comprendre que des hommes purement hétéros me disent que mes photos dérangent mais d’autres hétéros admirent mon travail. J’ai des modèles débutants qui ont du mal à être en slip et tenter des choses sexy. C’est très marrant parce que dans ma carrière j’ai eu beaucoup de jeunes qui venaient faire leur premier shoot. Souvent ils me disent « je comprends pas pourquoi les gens font des photos dénudés » et 80 % des gens qui m’ont dit ça un jour sont en caleçon maintenant sur leur insta.

Il y a une notion de plaisir dans la photographie, c’est agréable de voir des corps dénudés mais je ne suis pas vicieux. J’ai du mal avec les photographes vulgaires, où on sent que le photographe fait ça dans le but de voir des personnes nues. Je ne ressens pas le besoin de dénuder les gens, je ne renvoie pas une telle image. Je vois d’ailleurs qu’au moment où je dis « On est pas obligés de faire du nu ou du torse nu », la personne va plus facilement l’être. Il y a beaucoup de photos que je trouve vulgaires. Quand Noël approche, beaucoup de mecs veulent des photos torse nu avec un bonnet de noël. Je trouve qu’il n’y a pas plus kitch. Beaucoup de gens trouvent ça très bien et je respecte, mais ce n’est pas mon style.

Alexis Loizon, Photo Monsieur Kay, 2018

Lien du site de Monsieur Kay : https://monsieurkay.com/fr/accueil


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