Stéphanie Mercier : « Il n’y a pas un seul jour où je n’ai pas de pansement sur moi »

Stéphanie, la quarantaine, coiffeuse de profession et Miss Crystal Plus Size Île de France 2023-2024 est touchée par la pyoderma gangrenosum, une maladie qui provoque des brûlures spontanées sur tout le corps. A l’occasion de sa préparation à la finale nationale de Miss Crystal Plus Size, elle a répondu aux questions de Tototheclock.

C’est votre premier concours de Miss, qu’est ce que vous retenez pour l’instant de cette aventure ?

La bienveillance, ça m’a permis d’acquérir une grosse confiance en moi. On s’entend toutes très bien ensemble. Le comité est vraiment axé sur la différence, la tolérance et la bienveillance. Ils acceptent tout le monde peu importe notre particularité.

Vous êtes touchée par la pyoderma gangrenosum. Pouvez-vous nous en parler un peu plus ?

C’est une maladie qui provoque des ulcères ou des brûlures au troisième degré qui ressortent d’un coup. Je suis atteinte de la deuxième « version ». J’ai été brûlée une première fois avec un produit chimique. Ce mois de mai marquait mes dix ans comme touchée par cette maladie. Depuis, il n’y a pas eu une seule journée sans que j’ai un pansement sur le corps.

Ce sont des brûlures douloureuses, est-ce que cela peut impacter votre participation au concours national ?

Oui, si la veille j’ai des brûlures, je ne pourrai pas me rendre sur scène. Le comité est très compréhensif sur ce sujet.

Vous êtes aussi mère de famille, d’un garçon prénommé Léandro, comment concilier la vie de Miss et celle de maman ?

Je lui ai simplement expliqué ce qu’était ce concours, il m’a dit « Maman, c’est toi la plus belle ». Je le fais participer pleinement dans l’aventure, tout le comité, toutes les candidates le connaisse. Je concilie ma vie de maman, de miss et de personne handicapée. Ce n’est pas parce qu’on est handicapée qu’on ne peut pas faire quelque chose à côté.

La compétition se déroulera en novembre 2024, qu’est ce qui pourra vous démarquer des autres candidates ?

La force que j’ai développé. Le pyoderma n’est pas connu, je suis en surpoids, j’ai des cicatrices, et ce n’est pas pour ça que je ne peux pas faire une élection de miss ou quoi que ce soit. La compétition est arrivée et maintenant je veux chercher la couronne. J’ai pas mal de pistes qui arrivent et de personnes qui me contactent pour que je fasse une carrière en tant que mannequin. Si je suis élue, je tiendrai mon rôle, et peut être bien que je reprendrai le délégation francilienne.

Depuis votre élection vous prenez beaucoup la parole dans les médias, qu’est ce que vous diriez à quelqu’un qui pense qu’un concours de beauté c’est « soit belle et tais-toi » ?

C’est pas parce qu’on est Miss qu’on doit se taire. On a l’exemple avec la miss France 2024, Eve Gilles, qui a des cheveux courts, est maigre et sa différence a fait que. Aujourd’hui je veux casser ça. L’intelligence, la beauté, ce sont des stéréotypes. L’intelligence et l’instruction sont deux mondes différents. C’est pas parce qu’on est Miss qu’on a rien à dire, j’ai toujours quelque chose à dire.

J’avais répondu à une interview qui avait fait un buzz monumental, j’ai fait deux millions de vues. Dans ces deux millions, il y avait 98% de bienveillance mais surtout 2% de malveillance. Il y avait des commentaires comme « elle a pas de brûlures d’estomac aussi ? » vis-à-vis de mon poids, on me disait que mes brûlures venaient de mes décolorations alors que c’est mon métier. J’ai toujours tenu à répondre à toutes les personnes qui m’ont écrites, je me suis même fait bloquée par Facebook car je répondais trop. Les mauvais commentaires m’ont mis mal. J’ai demandé au journaliste d’enlever la vidéo. Je pense que ça m’a provoqué des brûlures.

Les réseaux-sociaux c’est traitre, parce que j’ai énormément de bienveillance sur mon compte Instagram. Ma communauté s’inquiète dès que je ne publie pas. J’ai cette chance d’avoir une communauté soudée, certaines personnes sont devenues des amies. Et de toute façon, quoi qu’on fasse, même si on est parfaits, sous toutes les coutures, on sera jugé. L’important aujourd’hui c’est de se faire plaisir. Si on veut faire quelque chose, il faut qu’on le fasse, pour ne pas avoir de regrets.

Interview menée par Thomas Chiarazzo

Comments

Laisser un commentaire