Angéline Aron Claus, Miss Lorraine : «Miss France est un reflet de la société».

Le 9 novembre dernier, nous rencontrions Miss Lorraine 2023, à quelques jours de son départ pour Miss France 2024. Favorite, dyslexie, Canal+, Neymar, elle a accepté de répondre à toutes nos questions.

Tu étais 1ère dauphine de Miss Moselle, Elisa Gonnot, que tu as « dépassé » lors de Miss Lorraine 2023, est-ce que tu t’y attendais ?

Non, absolument pas, je m’y attendais pas, au contraire, je la voyais même avec la couronne. Je pense qu’on la voyait toutes avec la couronne, parce que c’était sa 3ème année, elle avait une aisance sur scène, pour parler, elle avait son public qui était là pour la soutenir. Moi je pensais que ça allait être elle, donc j’étais surprise pour le coup de la « dépasser ».

Depuis tes 20 ans, tu es maquilleuse en freelance, ce qui t’as permis de maquiller Nabilla, Kylian Mbappé ou encore Neymar, est-ce que cette expérience t’as permis d’avoir un avant-goût de la vie publique ?

Alors oui, j’ai plutôt l’habitude de travailler avec des personnes comme ça, je vois l’arrière scène donc je pense que c’est plus facile car je vois un peu dans quoi je met les pieds, même si finalement je le vois de loin, je vois pas réellement ce que c’est. Je prépare les artistes, je les vois partir en scène, là je suis partie sur scène, ça n’a rien à voir. C’est deux mondes totalement différents. Finalement quand on est dessus, c’est bien au dessus de ce qu’on imagine.

A Miss Moselle, et Miss Lorraine, tu faisais partie des « outsiders », celles qu’on ne voyaient pas venir, à Miss France aussi, est-ce que tu penses que ça va te porter chance ?

Peut-être, parce que effectivement, vu que je suis pas attendue, ça me permet de me dépasser encore plus, montrer que j’ai ma place. C’est un bon moteur, et pour en avoir discuté avec plusieurs favorites, que ce soit Elisa [Gonnot] ou même d’autres candidates à Miss France qui me disaient qu’être favorite c’est pas facile parce qu’on t’attends au tournant, on attends énormément de toi, il y a peut-être une pression en plus qui est là et il y a beaucoup de gens derrière, à la fois gentils et à la fois méchants et pour ma part j’étais assez tranquille à ce niveau là. Je n’avais pas de remarques ou de commentaires méchants à gérer, je faisais mon petit bout de chemin et moi j’aime bien ça, car ça montre qu’en commençant petit, on peut arriver à faire grand.

MISS LORRAINE, Angeline Aron-Clauss STUDIO MISS FRANCE 2024

Tu es la 4ème mosellane à être élue Miss Lorraine en 4 ans (Diane Febvay en 2020, Marine Sauvage en 2021, Sarah Aoutar en 2022), comment tu compte te démarquer des autres sachant qu’elles ont toutes ramené une écharpe à Miss France ?

Je pense par ma personnalité. Elles ont toutes leur beauté et leur personnalité chacune à elles, mais je pense que mon point fort est la personnalité assez forte, la maturité, le côté carriériste, bosseuse, fonceuse. J’ai plein de choses à dire, sur mes valeurs, sur certains sujets sensibles. Je pense que j’ai vraiment une voix à apporter, à utiliser. On est toutes belles, si on se base que sur la beauté c’est compliqué. J’ai un côté mature et posé qui peut m’amener à bien gérer tout ça et peut-être à réussir à en convaincre un peu plus. J’espère revenir avec une écharpe.

Tu as 26 ans, tu es donc une des candidates les plus âgées de cette promotion avec Miss Alsace, estimes-tu que la maturité est question d’âge ?

Non. Pas du tout. C’est vraiment une question de vie, tu peux être mature à 18 ans à partir du moment où tu as une vie où tu as des choses à gérer. Quand tu travaille tôt ou que tu vis seul, c’est très important, tu gères tellement de choses. La maturité arrive selon ta vie, les épreuves que tu vas avoir et c’est elles que tu font grandir. Sans me jeter des fleurs je me rappelle qu’à 18 ans j’étais déjà mature parce que j’avais mon appart, je gérais mes factures, j’étais déjà dans la vie active. Je pense que ça joue énormément, tu peux très bien être immature à 30 ans car tu as toujours pas évolué sur ce point là.

Ta cause est l’éducation en général, pourquoi ce choix ?

Par rapport à mon travail, j’ai tout le temps le nez dedans. Il y a vraiment des choses à faire. Me servir d’une voix comme Miss France peut vraiment faire changer les choses. Il y a des choses qui sont pas assez sues, pas assez mises en avant et ça crée des disparités entre les élèves, avec les difficultés qu’ils peuvent rencontrer. Ca a été mon cas de commencer un cursus pour devenir infirmière alors que c’était pas du tout ce que je voulais faire. J’ai pu me réveiller, rebondir, partir dans une filière qui me correspondait, et donc aujourd’hui être heureuse de mon boulot. Plein ont pas cette chance là et finissent dans des jobs qui leur plaisent pas. Je prends un peu de mon histoire, de ce que je vois auprès de mes jeunes, et je pense que c’est à ce moment là qu’il faut agir, au moment de l’orientation, après le lycée, que tout se fait, même si aujourd’hui tu peux revenir en arrière plus tard.
Il faut aussi une méthode d’apprentissage, des outils pédagogiques plus adaptés aux jeunes d’aujourd’hui. Tu ne peux plus faire un cours où tu dictes tout et où tu explique pas grand-chose. Je le vois avec mes élèves, j’ai besoin de faire des dessins, faire des schémas, des jeux pour qu’ils apprennent, capter leur attention sur des trucs ludiques. Il y a aussi le cas des élèves dyslexiques, TDA, autistes etc. C’est des mécanismes hyper différents, tout n’est pas toujours adapté. Pour certains élèves qui ont vraiment du mal, on refait les contrôles à l’oral, je leur pose des questions et je vois si ils ont compris. Je leur fait recommencer jusqu’à ce qu’ils comprennent.

En dehors de ça, vous voulez aussi une plus grande inclusion pour les élèves dyslexiques, Canal+ a lancé Dystitles pour les personnes dyslexiques, que pensez-vous de ce projet ?

Je pense que ça peut être une avancée, ça a été prouvé que ils [les personnes dyslexiques] arrivaient à mieux faire des associations des formes selon la profondeur. C’est des petits pas qu’on fait. Le fait qu’on en parle c’est plutôt pas mal, pendant un temps, ça restait dans le fond de la classe, on en parlait pas. C’est une bonne idée et faut que ça continue comme ça. C’est une belle mise en lumière de ce problème là qui touche beaucoup de monde.

Miss France dernièrement a beaucoup changé, que représente Miss France pour vous ?

Pour moi en 2023, Miss France ça doit être une fille, forcément, qui va vraiment prendre la parole, montrer qu’on est pas que jolie, que c’est pas que physique, il y a la beauté intérieure, mais ce n’est pas que être gentille. Il faut être intelligente, cultivée, avoir des choses à dire, pouvoir vraiment prendre la parole. Trop souvent, les Miss France étaient mises de côté dans les émissions importantes. Ce serait bien aujourd’hui de mettre un peu plus en avant la tête. Une miss France doit pouvoir prendre parti, donner son avis, parler d’actualités, parler de problèmes qui touchent la population, défendre des causes qu’elle comprend, être renseignée sur la chose et la porter avec crédibilité. Ca doit aussi être une femme qui soit élégante, qui va chercher à creuser. C’est un modèle pour les jeunes filles, et si on leur montre qu’aujourd’hui il faut juste être jolie pour réussir, c’est bête. Il faut leur montrer un exemple pour la suite. On doit représenter toutes les femmes en même temps, être un reflet de la société. Miss France doit être accessible, ne pas oublier que le public l’a élue, et ne pas se laisser happée par le côté star.

On est le 9 novembre, qu’est ce qui t’attends pour les prochains jours ?

Dans 5 jours, c’est le départ pour la Guyane, puis retour à Dijon pour les répétitions tous les jours, apprentissage de comment devenir une bonne Miss et puis le prime. J’en attends la réussite. Il y a le plan humain sur lequel on va rencontrer plein de personnalités, je vais faire mes pas dans un milieu que je vois de loin mais que je connaissais pas. Je suis jamais allée en Guyane. Ca va être éprouvant sûrement physiquement et mentalement. C’est que du positif, ça va pouvoir changer ma vie. Je redoute pas, j’ai pas tant d’appréhension. C’est la chance de ma vie.

Interview par Thomas Chiarazzo, Photos par Thomas Chiarazzo, Estelle Morin et France Bleu


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